Le féminin engendre des peurs. Or, il ne peut être dissocié du masculin, si l’une des polarités est ignorée, l’autre est en souffrance également.

La peur du féminin cohabite souvent avec la peur du masculin. 

Ceci peut s’envisager à partir des premières représentations du féminin qui, dans leur aspect archaïque (la Grande-Mère), contiennent à la fois le féminin et le masculin, amalgamés l’un à l’autre.

Les travaux de Jung permettent d’aborder les récits mythologiques à l’arrière-plan des situations vécues.  Il est précieux de repérer dans quelles circonstances l’un de ces mythes fait irruption dans la vie et de discerner comment appliquer ces sagesses ancestrales à notre vie d’aujourd’hui.

L’exploration des différents visages du féminin est précieuse dans l’étude du thème astrologique car elle permet d’appréhender les rouages psychologiques profonds du féminin de manière plus affinée tout en en nuançant les ressources des archétypes habituellement associés au féminin. 

L’étude transgénérationnelle peut également bénéficier largement de cette approche qui viendra préciser les représentations du féminin qui se véhiculent au fil des générations.

La vie a quelque chose de sauvage, cyclique, impermanent, parfois déroutant. Le féminin sacré parle du lien au sauvage de la vie, à la souveraineté profonde du féminin, que l’on soit homme ou femme. Il s’agit écouter notre instinct, de consentir aux lois de la nature qui nous apprennent que rien n’est immuable et ainsi, se connecter au mouvement profond de la vie.

Cela suppose de retrouver tout ce qui a été enfoui par le patriarcat : la prédominance du contrôle, de l’intellect, de la consommation, de la performance. A travers les énergies du cycle soli-lunaire, chaque mois, les phases de la Lune nous invitent à faire l’expérience quotidienne de cet aspect cyclique de la nature. 

Le féminin rappelle que la puissance de la femme n’est pas une « faute », il ne s’agit pas d’un pouvoir à prendre sur autrui, mais la capacité à être pleinement vivante en accompagnant avec sagesse les mutations profondes, sans refuser ce que l’on ne maitrise pas. 

Les images archétypales du féminin

Athéna 

Fille de Zeus et née de son front, elle est la « fille de son père » car Zeus ayant avalée Métis, déesse de la Ruse et mère d’Athéna, celle-ci n’a pas de modèle maternel. 

C’est une guerrière intelligente, stratège et organisée. Elle rivalise avec les hommes et cherche la reconnaissance de son père. Elle est identifiée au désir de réalisation et de pouvoir de ce père Dieu des Dieux.

Elle possède de multiples dons techniques et manuels qu’elle transmet aux femmes.Elle est d’un conseil précieux pour nombre de héros. Mais elle est impitoyable avec les Dé ne.

Elle deviendra ensuite protectrice d’Athènes où elle était vénérée comme Déesse civilisatrice ayant fait progresser l’humanité.

Athéna interroge sur l’absence de représentation maternelle ainsi que sur le complexe paternel dans lequel l’animus prend racine.

Déméter, fille de Cronos et de Rhéa, petite fille de Gaïa, la Terre-Mère, elle est issue d’une lignée maternelle qui a souffert du masculin.

Déesse de l’Agriculture, elle permet à l’humanité de se nourrir. Elle a la possibilité d’alimenter ou d’affamer les hommes. Déméter se rapporte donc à la fonction maternelle, nourricière, avec le pouvoir de vie ou de mort qui va de pair. 

Elle est la mère de Corê et entretient avec celle-ci une relation fusionnelle excluant le masculin. Cependant, mère et fille devront se séparer : à ce sujet  il est parfois question d’une tentative de séparation non achevée.

Ce mythe met en travail la différenciation vis-à-vis de la lignée maternelle. Il interroge sur le statut de mère avec la place attribuée au père ou à son substitut.

Ce récit questionne la responsabilité collective et invite à retrouver la sagesse du féminin qui accompagne les cycles de mort et de renaissance. Cette sagese fut enseignée par Démèter et  Coré, devenue Perséphone, lors des Mystères d’Eleusis.

Artémis est fille de Zeus et de Léto, elle est la sœur jumelle d’Apollon, qu’elle a contribué à mettre au monde. Tous deux sont nés dans des ciconstances difficiles. Elle est très proche de son frère mais elle veut être sont égale.

Elle est très éloignée d’Aphrodite : elle ne désire pas les hommes, elle ne se laisse pas approcher. Elle privilégie la chasse dans des contrées sauvages, là où la main de l’homme n’a pas encore changé le paysage. 

À Athènes, les jeunes filles donnaient leur poupée à Artémis, se libérant de leur enfance, pour pouvoir elles-mêmes enfanter. Quand une jeune fille grecque ne se mariait pas et restait vierge, elle se consacrait à la Déesse.

Elle règne sur les zones qui se situent entre les forêts sauvages et les territoires de la cité. C’est une vierge farouche, mais qui relie le sauvage à la civilisation. Elle questionne sur la concomitance entre humanité et animalité.

Hestia est la fille de Cronos et de Rhéa. Ayant séjourné plus longtemps que ses frères et sœurs dans l’intériorité de son père, elle est imprégnée des valeurs de celui-ci. Mais elle ne refuse pas le Feu du devenir, simplemen,t elle le canalise dans une direction précise.

La signification la plus profonde de la déesse est révélée par son symbole central : le foyer. Elle est la gardienne du Feu. Un culte lui était rendu dans chaque maison et des offrandes lui étaient faites afin d’obtenir sa protection.

Le peuple grec voyait en Hestia le « nombril du monde », c’est-à-dire le centre de la terre. Elle invite à l’introspection, à la spécialisation et à la concentration. Elle questionne sur le centrage intérieur qui permet de ne pas gaspiller l’énergie. 

Elle est celle qui repasse le flambeau et ne doit pas laisser s’éteindre la flamme.

Héra est la troisième femme de Zeus dont elle est aussi la sœur.  Ils sont en effet tous deux enfants de Cronos et de Rhéa.

Elle est la Déesse protectrice de l’institution représentée par le mariage. Elle défend les femmes mariées et les naissances légitimes.

Son mariage avec Zeus fut empreint de vengeance vis-à-vis des maîtresses et des enfanst illétimes de Zeus. Ce récit évoque la palette des souffrances, des jeux de pouvoir et des comportements névrotiques qui se manifestent parfois dans la relation.

Malgré ses colères légendaires Héra fut vénérée comme une épouse modèle recherchant l’accomplissement uniquement dans sa relation maritale. 

Héra questionne le statut de la femme auprès de son époux avec la caapacité à se réaliser par soi-même, au-delà du couple. Elle interroge sur  le secret des alliances, la fidélité aux pactes, la force de l’engagement

Coré – Perséphone

Coré – qui deviendra Perséphone – est la fille de Déméter et de Zeus. Elle vit dans un univers paradisiaque auprès de sa mère, toute figure masculine étant rejeté dans les bas-fonds. 

Coré illustre le destin de toute jeune fille – ou femme – destinée à quitter la sécurité du giron maternel pour prendre son envol pour construire sa destinée au-delà du destin tracé par la lignée maternelle.

Hadès, en l’enlevant à sa mère, brise son innocence mais lui permet d’entrer dans sa puissance en prenant une place de femme et de reine.

Ce récit se rapporte au cycle des saisons. Il illustre la végétation qui doit disparaître sous la terre pour pouvoir renaître et ainsi, questionne sur ce qui doit être coupé, séparé, remanié puis régénéré pour que le vivant perdure. 

Les Mystères d’Eleusis célébraient le retour vers la lumière de la jeune femme, signe d’un salut possible pour les âmes.

Hécate est une déesse chtonienne associée à la nature, aux grottes, aux cavernes, aux passages souterrains. Elle peut en effet passer par tous les mondes : ciel, terre, eau.  Ce triple pouvoir d’Hécate l’a confondu avec d’autres divinités. Elle fut identifiée à Déméter, Rhéa, Cybèle, Artémis  et Perséphone. 

Hécate eut un culte mystique, liée aux fantômes, elle présidait aux incantations de la nuit. Elle est Déesse des Carrefours, c’est là qu’elle se place pour iinviter au recentrage intérieur quand nous sommes à la croisée des chemins.

Hécate garde les portes des foyers dans lesquels se déroulent des accouchements. Le symbolisme de la naissance biologique résonne ici avec l’aspect initiatique du passage. 

Hécate est une passeuse. Elle accompagne dans les descentes vers les profondeurs et les remontées vers la lumière.

Elle est la première femme d’Adam qu’elle quitta. Elle fut remplacée par Ève après avoir refusé de se soumettre à l’autorité de son époux.

Lilith n’admet pas, ne transige pas, elle ne se trahit pas. Elle préfère être chassée du paradis plutôt que de se compromettre.

Elle est le contraire de la femme passive. Elle est vierge et prostituée. Elle raconte un féminin qui refuse l’état édénique en transgressant la loi divine pour vivre le désir absolu.

Elle est donc terrifiante et il ne faut pas s’étonner qu’elle ait été chassée du paradis. Derrière ce rejet, se profile le patriarcat qui a aussi chassé la Déesse Tiamat, qui a évincé Inana et même Isis en qui s’incarne la double nature de Lilith.

Lilith incarne l’ombre d’Eve, l’ombre du féminin, l’ombre de la Mère des origines. Elle se manifeste par la transgression et la destruction, celle-ci faisant partie de la vie au même titre que la construction.